Les émeutes de mai 1967 : du malaise social aux événements tragiques de mai.

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1. Un département déshérité ?

 

Le mardi 27 septembre 1966, le cyclone Inès frappe durement la Guadeloupe causant d’énormes dégâts sur les infrastructures et les habitations dans un pays déjà fragile.

En effet, selon Le Monde du 30 mai 1967, « Des quatre départements d’outre-mer, la Guadeloupe est le plus agité par le ferment autonomiste, parce que, sans doute, le plus déshérité et le plus soumis à la loi d’un colonialisme qui ne veut pas dire son nom. Dans cette ville [Pointe à Pitre] où sévit le chômage, où l’administration n’a pas toujours été en mesure d’indemniser les sinistrés du cyclone qui ravagea le territoire l’an dernier...».

 

 

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2. Le contexte politique : les élections législatives de mars 1967

 

Soupçonnées d’être faussées, les élections législatives des 5 et 12 mars 1967 aggravent une situation déjà difficile.

Elles interpellent sur les liens entre le pouvoir politique et certains intérêts privés. Les résultats des élections désignent deux candidats de la liste de l’Union démocratique, la gaulliste Albertine Baclet et Paul Valentino, ancien leader de la SFIO. La victoire du communiste Paul Lacavé dans la deuxième circonscription montre l’influence toujours forte du parti communiste.

Les mouvements indépendantistes, dont le Groupement d’organisation nationale de la Guadeloupe (GONG), sont surveillés de près par Pierre Bolotte, préfet de la Guadeloupe depuis 1965 et dont l’expérience en matière de maintien de l’ordre remonte à la guerre d’Algérie à la « bataille d’Alger ».

Ces tensions politiques constituent un ferment propice à une explosion sociale

3. L’émeute du 20 mars 1967 à Basse-Terre.

 

À Basse-Terre, le 20 mars 1967, un incident a lieu qui déclenche une suite d’émeutes pendant plusieurs jours au point que la ville sera quadrillée et bouclée par la police jusqu’au 22 mars.

À l’origine du conflit un commerçant d’origine tchèque Vladimir Snrsky est accusé d’avoir lâché son chien sur le « clouteur » handicapé Raphaël Balzinc. « Un attroupement se forme avec de nombreux jeunes scandalisés, qui, ayant repéré la Mercedes du commerçant, la renversent au milieu de la rue, y mettent le feu et la jettent à la mer.

Le service d’ordre est vite débordé et à 12h45 le magasin est saccagé.» (Rapport de la Commission d’information et de recherche historique sur les événements de décembre 1959 en Martinique, de juin 1962 en Guadeloupe et en Guyane, et de mai 1967 en Guadeloupe, Ministère des Outre-mer, octobre 2016).

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4. Les émeutes du 26 et 27 mai 1967 à Pointe-à-Pitre : manifestation et répression.

Depuis le mercredi 24 mai, selon l’agence Associated Press, près de « 5000 ouvriers » du bâtiment sont en grève, demandant une augmentation de salaire.

Le 26 mai, plus de 2000 ouvriers se ressemblent à Pointe à Pitre afin d’attendre l’issue des négociations entre syndicats et patronat.La réunion est un échec, ce qui suscite la colère des ouvriers rejoints par d’autres manifestants dont les jeunes des faubourgs de Pointe-à-Pitre.

Un CRS reçoit un projectile dans l’œil, c’est alors que les CRS tirent… La répression est violente et les tirs se font entendre pendant plusieurs heures. Jacques Nestor, l’un des principaux meneurs du GONG, tombe mortellement blessé. S’engagent alors de violents heurts entre la police et les manifestants. Des armureries sont dévalisées.

Le bilan officiel compte sept morts et de nombreux blessés mais le chiffre exact des victimes demeure à ce jour inconnu. L’action du Préfet Bolotte n’est pas mise en cause par les élus municipaux et départementaux qui se réunissent quelques jours plus tard. De leur côté, les grévistes du bâtiment obtiennent gain de cause dans leurs revendications salariales. Finalement, les ouvriers obtiennent gain de cause dans leurs revendications salariales.

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5. Les suites judiciaires des émeutes de Pointe-à-Pitre.

 

La réponse judiciaire est sans délai et sévère : flagrant délit, comparution immédiate, peine caractérisée ... « Lors de l’audience du 7 juin 1967, des dizaines de personnes sont inculpées. Il s’agit en général de personnes jeunes, pour la plupart âgées entre 20 et 30 ans, dont quatre mineurs de moins de 21 ans, sans travail ou exerçant des professions peu qualifiées ». (Rapport de la Commission d’information et de recherche historique sur les événements de décembre 1959 en Martinique, de juin 1962 en Guadeloupe et en Guyane, et de mai 1967 en Guadeloupe, Ministère des Outre-mer, octobre 2016).

En mars 1968, 19 jeunes guadeloupéens sont traduits devant la cour de sûreté de l’État. Des personnalités telles que Aimé Césaire, Jean-Paul Sartre viennent témoigner dans un procès très politique qui dénonce le colonialisme. Le verdict est prononcé le 1er mars 1968 : treize accusés sont acquittés et six condamnés à des peines avec sursis. Tous sortent libres après le procès et sont amnistiés en 1969.

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6. Les réactions étudiantes

 

 

 

 

Les organisations d’étudiants guadeloupéens et antillais organisent en France métropolitaine des manifestations de soutien à Paris et dans certaines villes universitaires comme en témoigne l’un des tracts conservés aux Archives départementales de la Guadeloupe.