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[FOCUS] Le Mokozonbi, un personnage du carnaval guadeloupéen
En Guadeloupe, le carnaval se compose de personnages et de « mas » (déguisement) emblématiques qui reflètent son histoire et ses transformations sociales. Ces figures se distinguent autant par leur apparence que par la symbolique qu’elles véhiculent. Ainsi, le personnage le plus important demeure Vaval, roi du carnaval, qui représente souvent un événement marquant de l’année ou une personnalité tournée en dérision. Son règne s’achève le mercredi des Cendres, lorsqu’il est brûlé lors d’un rituel symbolique marquant la fin des festivités et l’entrée dans le carême. À ses côtés apparaissent d’autres figures marquantes, comme le Mas a Konn (masque à cornes), reconnaissable à ses cornes de bœuf fixées sur la tête.
Dans ce foisonnement de personnages carnavalesques, le travail d’Adolphe Catan, célèbre photographe guadeloupéen, constitue aujourd’hui un témoignage historique majeur. Pendant près de cinquante ans, il a capturé des scènes de la vie quotidienne. Son œuvre, couvrant une vaste période allant des années 1920 aux années 1970, offre un regard précieux sur l’évolution de la société guadeloupéenne, de ses paysages et de ses pratiques culturelles.
Cette photographie montre une scène de rue bordée de maisons en bois, dotées de galeries et de balcons. La chaussée, encore en terre battue, est occupée par des habitants qui se sont arrêtés pour observer le passage de deux personnages centraux : des Mokozonbis.
Au centre de l’image, deux hommes travestis avancent sur de hautes échasses. Ils portent de longues robes blanches qui dissimulent leurs jambes et accentuent leur impressionnante hauteur. Sur leurs têtes, des chapeaux coniques surmontés de tiges décorées de rubans étirent leur silhouette spectaculaire. Le mokozonbi (Moko-zombi, ou « mas a échas ») incarne un personnage à la fois fascinant et intimidant, que l’on retrouve dans plusieurs territoires de la Caraïbe. À Trinidad, par exemple, cette figure est appelée Moko Jumbie.
En Guadeloupe, ce rôle était généralement tenu par un homme vêtu d’une robe longue et coiffé du chapeau conique caractéristique. Si, à l’origine, la hauteur des échasses reste relativement modeste, celle-ci a considérablement augmenté au fil des décennies, rendant la figure de plus en plus spectaculaire. Par ailleurs, alors que cette pratique est longtemps restée réservée aux hommes, la relève du mokozonbi est aussi assurée par des femmes.

Sources :
Grenier, N., « Ethnologie du mas : « reculturation », transmission et modernité en Guadeloupe ». cArgo : Revue internationale d’anthropologie culturelle & sociale.
Mulot, S., « La trace des Masques : Identité guadeloupéenne entre pratiques et discours ». Ethnologie française, 33, 2003, p. 111-122. https://doi.org/10.3917/ethn.031.0111
Pavy, F., Le Mas de Voukoum ou la genèse d’un rite oublié. Un dispositif rituel de transformation des corps et des esprits au cœur du carnaval guadeloupéen (Thèse de doctorat, EHESS, Paris, France), 2021.
Pavy, F., « Le Mas des gwoup-a-po dans le carnaval guadeloupéen : une pratique de résistance ? » Terrains & travaux, 43, 2023, p. 183-207. https://doi.org/10.3917/tt.043.0183
Pradel, Patrimoine partagé et carnaval caribéen. Ethnologies, 34, 2012, p. 251-271. https://doi.org/10.7202/1026153ar