[FOCUS] Le plan ORSEC-ÉRUPTION

Entre 1975 et 1976, à mesure que les secousses s’intensifiaient autour de la Soufrière, une évidence s’imposait aux autorités, si le volcan venait à entrer en éruption, il faudrait être prêt. Dès l’été 1975, alors que l’activité sismique ne cessait de croître, la Préfecture engagea l’élaboration d’un dispositif de secours destiné à organiser la protection des populations. Le plan ORSEC-ÉRUPTION (Organisation de la réponse de sécurité civile) fut officiellement adopté en mars 1976. Ce document administratif devint le cadre de référence pour coordonner l’action des services de l’État, des collectivités locales, des forces de sécurité, des secours et des nombreux autres acteurs mobilisés afin de faire face à une éventuelle catastrophe.

Le plan repose sur une analyse des communes les plus exposées. En raison de sa situation sur les pentes mêmes du volcan, Saint-Claude est considérée comme particulièrement vulnérable. Son évacuation doit intervenir dès les premières « manifestations sérieuses » de l’activité volcanique, avant même le déclenchement de l’alerte générale pour le reste de la zone menacée. Celle-ci concerne près de 73 000 habitants répartis en trois secteurs : le secteur Ouest (Saint-Claude, Basse-Terre, Baillif et Vieux-Habitants), le secteur Est (Capesterre-Belle-Eau) et le secteur Sud (Gourbeyre et Trois-Rivières). Initialement, la commune de Vieux-Fort constitue la seule exception, car elle est considérée comme protégée des menaces directes du volcan par les reliefs des Monts Caraïbes. Le plan prévoit également les itinéraires d’évacuation, les moyens de transport ainsi que les lieux d’accueil aménagés dans le nord de la Basse-Terre et en Grande-Terre pour héberger les personnes déplacées.

Les incertitudes scientifiques qui entouraient l’évolution du volcan ont conduit les pouvoirs publics à repenser progressivement leur stratégie de gestion des risques. Au fil des décennies, le plan ORSEC-ÉRUPTION, devenu ORSEC-VOLCAN, a été régulièrement actualisé afin d’intégrer différents scénarios d’éruption, qu’ils soient phréatiques ou magmatiques. Il s’accompagne désormais de dispositifs de prévention, tels que les sirènes d’alerte, mais aussi d’actions d’information et de sensibilisation destinées à préparer les habitants aux risques volcaniques. Héritier des enseignements de 1976, ce plan demeure aujourd’hui un témoin de cette crise et un outil permettant d’apprendre à vivre aux côtés d’un volcan.

Sources :
C. Séveno, « La soufrière dans les sources historiques de 1635 à 1976 ». 2025, L’Atelier de la Recherche Antilles AIHP-GEODE (UR 6-1). https://antilles.hypotheses.org/2369
 
Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) de Guadeloupe. 7 idées reçues sur le risque volcanique en Guadeloupe, 2021. https://www.guadeloupe.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/vf_brochurebd.pdf
 
O. Gillet, E. Daudé, M. Gherardi, F. Leone et J.-C. Komorowski, « La Soufrière de Guadeloupe : la population est-elle prête à faire face à une nouvelle crise volcanique ? », 2023, EchoGéo, 64. http://journals.openedition.org/echogeo/25521
 
M. H. Devès, T. Ribémont & J.-C. Komorowski, « Le politiste face aux volcans : étude comparée de la gestion de deux crises volcaniques dans l’arc des Petites Antilles ». 2021, Politique et Sociétés, 40(1), 3–29. https://doi.org/10.7202/1075739ar
 
M. Reghezza-Zitt, F. Benitez & M. H. Devès. « Vivre avec la mémoire de la catastrophe : l’éruption de La Soufrière de Guadeloupe en 1976 », 2020, VertigO, 20(3). https://doi.org/10.4000/vertigo.28911
Publié le 3 août 2026

 

 

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