[SEMAINE DE L’ARTISANAT 2026] Le chemin tressé par la vannerie en Guadeloupe

Au début du XXᵉ siècle en Guadeloupe, de nombreuses personnes exercent des « petits métiers », largement documentés par les cartes postales de l’époque. Parmi les éditeurs les plus importants figure Phos, pseudonyme d’Edmond Littée, actif entre 1895 et 1912, il a capturé de nombreuses scènes du quotidien, notamment celles liées aux métiers ambulants.

Cette carte postale présente un « marchand de vannerie », entouré de divers objets tressés tels que des paniers, épuisettes et un tamis. Il est possible que cet homme soit également l’artisan des objets qu’il propose, mais aucune source ne permet de le confirmer avec certitude. L’image témoigne alors d’une activité artisanale courante à l’époque. La vannerie consiste à entrelacer des fibres végétales (lianes, bambou, latanier…). Elle était pratiquée à petite échelle, souvent dans un cadre familial, en complément de l’agriculture, de la pêche ou du commerce. La vannerie permettait la fabrication d’objets variés, utilisés quotidiennement. En Guadeloupe, ce savoir-faire est bien antérieur au XXᵉ siècle. Il s’agit en réalité d’un héritage des Kalinagos.

Certains objets ont traversé les siècles, bien que beaucoup aient progressivement disparu du quotidien. À l’arrière-plan, à gauche, on peut en apercevoir l’un d’entre eux. Il s’agit d’un tamis, appelé « hebechet » ou « ibichet » par les Kalinagos. Autrefois, cet objet utilisé pour tamiser la farine de manioc était indispensable à la fabrication des cassaves. De même, les paniers caraïbes visibles au sol, en bas à droite, se distinguent par leurs motifs chromatiques à trois couleurs (noir, beige et brun-roux). Réputés pour leur légèreté, ils étaient composés de deux parties s’emboîtant l’une dans l’autre. Suite à la colonisation et aux échanges avec les Européens, ces objets ont progressivement été réappropriés et intégrés dans les usages domestiques des habitations. Le panier caraïbe servait alors à transporter et conserver des biens personnels, tandis que le tamis demeurait essentiel dans la préparation du manioc et du sucre. Les esclaves, dans le cadre des activités leur étant imposées, reproduisaient ces tamis et réalisaient d’autres objets utilitaires tels que des paniers et nasses, principalement en lianes.

Les photographies de l’époque montrent à quel point la vannerie est omniprésente dans la vie quotidienne. Le panier créole traditionnel, ici renversé à gauche, est un autre un exemple. Il se reconnaît à sa forme ronde et à son bord en arcades. Fabriqué en bambou et en lianes, il possède un fond creux (appelé lakrèz) façonné à l’aide du genou lors du tressage pour faciliter son transport sur la tête. Il peut comporter une anse, parfois recouverte de feuilles de palmier royal. Enfin, les objets tenus par le marchand illustrent la diversité des influences culturelles à l’œuvre. Le panier au centre semble d’origine Kalinago, comparable à ceux que l’on trouve encore aujourd’hui en Dominique, tandis qu’un autre évoque un panier de pique-nique en arceaux, d’inspiration européenne. Les petites épuisettes posées à gauche rappellent quant à elles les grandes nasses en bambou autrefois utilisées pour la pêche, avant d’être progressivement remplacées par des modèles en métal. 

Aujourd’hui, la vannerie n’occupe plus la même place dans le quotidien, mais elle demeure un savoir-faire vivant. Transmise par certains artisans, elle témoigne des adaptations successives de la société guadeloupéenne.

 

« Marchand de vannerie », début XX siècle, Pointe-à-Pitre, Phos. Arch. dép. Guadeloupe, 5 Fi 842.

 

Sources :
  • Focus, site internet des Archives départementales de la Guadeloupe. Les marchandes du marché de Pointe-à-Pitre. https://www.archivesguadeloupe.fr/…/les-marchandes-du…/
  • H. Petitjean Roget, « Les femmes Caraïbes insulaires : lecture comparée des chroniques françaises du XVIIᵉ et du XVIIIᵉ siècles sur les Petites Antilles », 1996, Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe, n°109. https://www.erudit.org/…/1996-n109-bshg03420/1043260ar/
  • J.-B Delawarde, « Les derniers Caraïbes. Leur vie dans une réserve de la Dominique », Journal de la Société des Américanistes, n°30, 1938. https://www.persee.fr/doc/jsa_0037-9174_1938_num_30_1_1971
  • L. Manne, & H. Poulet. Objets utilisés dans la Caraïbe aux 19ᵉ et 20ᵉ siècle, 2018, CaraïbÉditions.
  • M. Carien, La collection de cartes postales anciennes des archives départementales de la Guadeloupe, 2023, Hypothese. https://projetcak.hypotheses.org/847
  • P. Chamoiseau, Métiers créoles, tracées de mélancolies, 1999, Éditions Traces HSE.
  • Père J. Labat, Nouveau voyage aux isles de l’Amérique, 1724. Arch. dép. Guadeloupe, CG 10.
  • R. Breton, Dictionnaire caraïbe-françois, 1665, Arch. dép. Guadeloupe, 1 BIB 1741.
  • R. Louise, Introduction à l’artisanat aux Antilles : la vannerie du Morne des Esses en Martinique : perspectives et développement, 1978, Paris, Éditions Griot.
Publié le 10 avril 2026 

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