[FOCUS] 15 août 1976. Évacuation de Basse-Terre – message du colonel commandant la CRS

Il y a cinquante ans, la Guadeloupe traversait l’une des plus importantes crises volcaniques de son histoire. Dès juillet 1975, les premiers séismes ébranlent les flancs du volcan. D’abord occasionnels, ils deviennent de plus en plus fréquents au fil des mois. Chaque secousse alimente l’inquiétude d’une population qui vit dans l’attente d’un événement dont personne ne peut encore mesurer l’ampleur. Le 8 juillet 1976, une explosion phréatique déchire le sommet de la Soufrière et projette dans le ciel un immense panache de cendres, de vapeur et de boues. En quelques instants, la commune de Saint-Claude est plongée dans une obscurité irréelle. La peur se transforme en panique. Sans attendre d’ordre officiel, près de 25 000 habitants fuient spontanément vers le Nord Basse-Terre et la Grande-Terre, persuadés que le volcan est sur le point d’entrer en éruption magmatique.

Au mois d’août, la situation se détériore, des centaines de séismes sont enregistrés chaque jour et la crise atteint aussi son paroxysme au sein de la communauté scientifique. D’un côté, le volcanologue Haroun Tazieff estime que la Soufrière ne présente pas de danger majeur et qu’une éruption magmatique est hautement improbable. De l’autre, le géochimiste Claude Allègre redoute au contraire une explosion d’une violence exceptionnelle.

Confronté à cette possibilité alarmante, le préfet de la Guadeloupe, Jean-Claude Aurousseau, choisit d’appliquer le principe de précaution. Le dimanche 15 août 1976, à 8h, il ordonne d’abord l’évacuation totale du « triangle Basse-Terre – Baillif – Saint-Claude ». À 9 h 30, le colonel commandant la CRS (Compagnies Républicaines de Sécurité) de Guadeloupe adresse un message téléphonique à la direction des CRS à Paris, pour faire part de la situation et de l’engagement des CRS à la mission de protection de la population.

Dans les heures qui suivent, les mesures d’évacuation sont progressivement étendues à l’ensemble des communes du Sud Basse-Terre, de Capesterre-Belle-Eau à Vieux-Habitants. Au total, plus de 70 000 habitants sont contraints de quitter leur domicile. Pendant plus de trois mois, cet exil bouleverse profondément le quotidien de milliers de familles. Le Sud Basse-Terre se vide de ses habitants avec des conséquences économiques, sociales et humaines considérables. Si la Soufrière ne connaît finalement pas l’éruption magmatique redoutée, la crise de 1976 demeure l’un des événements les plus marquants de l’histoire de la Guadeloupe.

Message du colonel commandant la CRS de Guadeloupe, 15 août 1976. Arch. dép. Guadeloupe, 1240 W 50.

 

Publié le 13 août 2026

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