[FOCUS] Un parchemin de réception maçonnique de 1804

En mai 2022, les Archives départementales de la Guadeloupe ont fait l’acquisition d’un fonds d’archives exceptionnel permettant de documenter un pan de l’histoire de la franc-maçonnerie sur l’île. Ce fonds est centré sur la personne de Jean Jacques Thérèse Laforgue de Bellegarde (1752-1822) et sur son activité au sein de la loge Saint-Jean d’Écosse, sise à Basse-Terre, au tout début du XIXe siècle. Parmi la diversité de documents que présente ce fonds, on distingue un ensemble de six brefs et certificats maçonniques qui permettent de retracer partiellement le parcours de Bellegarde au sein de la franc-maçonnerie, de 1786 à 1806.

Le document dont il est ici question est un bref de réception de Bellegarde comme « chevalier de l’aigle, parfait et souverain prince maçon libre ». Il lui fut délivré à l’orient de la Basse-Terre en Guadeloupe. Il s’agit d’un document manuscrit rédigé sur parchemin. Il est scellé d’un cachet de cire rouge sur papier monté sur deux bandes de soie rouge et noire. Ce document est de taille assez importante (44×43 cm).

La franc-maçonnerie est une institution qui fait un grand usage de langage codé et de symboles en tous genres. On peut déjà être interpellé par la date du document : « l’an cinq mille huit cents quatre, le douzième jour du second mois ». Les maçons disposent de leur propre calendrier, lequel commence l’« Année de la Vraie Lumière », soit en 4000 av. J.-C. Par ailleurs, l’année ne débute pas au 1er janvier mais au 1er mars. Ce document date donc du 12 avril 1804. Par ailleurs, de nombreuses abréviations sont utilisées dans le corps du texte, lesquelles renvoient à un langage codé maîtrisé par les frères. Bellegarde est par exemple qualifié de « T. R. et P. F. », c’est-à-dire de « Très Respectable et Parfait Frère ». L’en-tête du document s’ouvre sur la formule « A l’O. de l’U. », qu’il faut comprendre comme « A l’Orient de l’Univers ». La ligne suivante est rédigée en alphabet maçonnique, alphabet que l’on retrouve à une occurrence dans le corps du texte.

Le document revient rapidement sur la vie de Bellegarde et sur l’historique de son engagement maçonnique. Il est indiqué qu’il est né à Lourdes le 25 juillet 1752 puis qu’il fut membre de la loge de La Paix à Tarbes. Ses qualités et son engagement maçonniques sont vantés pour justifier son accession à ce nouveau grade.

Dans la marge gauche du document, on peut lire la signature manuscrite de Bellegarde. Les différents frères de la loge signent quant à eux en bas du document. Le sceau de cire rouge a été apposé par Girard, le chancelier et garde des sceaux, timbres et archives du Grand Chapitre Général de la Guadeloupe. Ce sceau est particulièrement bien conservé ; on peut y lire les mentions « S. J. d’Ecosse », du nom de la loge, ainsi que « Chapitre de la Guadeloupe ».

Ce document est à retrouver en vitrine dans le hall des Archives jusqu’au 11 septembre 2026.

Détail du sceau du bref de réception de Jean Jacques Thérèse Laforgue de Bellegarde comme Chevalier de l’aigle, parfait et souverain prince maçon libre, délivré à l’Orient de la Basse-Terre en Guadeloupe , 12 avril 1804. Arch. dép. Guadeloupe, 58 J 4.

Publié le 25 août 2026

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